L’Espagne : 10 fois plus grave que la Grèce

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“Le FMI fait aussi confiance à l’Espagne”, titre Le Figaro. Selon Dominique Strauss-Kahn, l’Espagne aurait la capacité de se sortir de la crise et échapper au défaut de paiement. Hum…

Grosse sensation de déjà-vu : la Crise II, épisode II. Avec cette fois l’Espagne en acteur principal. Si vous avez raté les premiers épisodes, rassurez-vous, vous allez avoir le temps de vous mettre au jus, parce que ce n’est pas près de s’arrêter.

Morose Espagne
Résumons : l’Espagne a sérieusement pâti de la crise économique. Ses banques ont fait faillite en série et sa bulle immobilière a explosé en faisant de nombreux ravages. Conséquences : le chômage atteint les 20%. C’est encore pire quand on prend les chiffres du chômage des jeunes, comme le disait Philippe Béchade dans MoneyWeek : “Le taux de chômage des 18-25 ans avoisine 50%.”

“L’Etat espagnol va devoir mobiliser 50 milliards d’euros supplémentaires entre 2010 et 2013 (sous forme d’émission de nouvelles dettes ?) afin de faire face aux coûts induits par l’explosion du chômage et servir les retraites des nombreux fonctionnaires qui ont commencé à travailler avant la fin de l’ère du franquisme (1975).Or, avant même de commencer à régler cette ardoise sociale, le déficit public espagnol atteint déjà le taux record de 11,4% (selon les récentes estimations de la ministre de l’Economie, Elena Salgado), pas très éloigné de celui de la Grèce (12,7%)”.

Les banques, le coeur du problème
Le principal problème de l’Espagne en ce moment, c’est ses banques. Elles ont été particulièrement vulnérables à la crise de l’immobilier espagnol. Depuis, rien ne va plus, comme l’explique Philippe : “Et il y a un autre danger qui menace les finances publiques espagnoles : la faillite en cascade des caisses d’épargne régionales, qui prennent de plein fouet l’effondrement du secteur immobilier depuis deux ans. Ce sont elles qui assument l’essentiel du risque hypothécaire (afin de soutenir l’activité économique locale), grâce à quoi les grandes banques commerciales cotées sur l’Ibex 35 s’en sortent relativement bien, puisque leurs clients emprunteurs – qui pensaient investir dans la pierre pour leur retraite – sont en quelque sorte ‘garantis’ par les gouvernements régionaux”.

Pour le moment, le gouvernement espagnol a encore les moyens de se financer… mais à quel prix ? C’est toujours la même histoire, les investisseurs ne sont pas contre acheter de la dette espagnole mais en échange d’un taux toujours plus élevé. On les comprend : ils prennent plus de risques, ils en veulent pour leur argent. La semaine dernière, l’Espagne a réussi à lever pour 5,2 milliards d’euros d’obligations au taux de 2,84% sur 18 mois. Il y a un mois, le taux de ces obligations n’était que de 1,95%.

La plus grande crainte des marchés ? Que l’Espagne soit obligée, comme la Grèce, de faire appel au fonds d’urgence de l’UE. Ce qui aurait des conséquences désastreuses sur la confiance déjà vacillante des investisseurs.

Pourquoi l’Espagne nous fait encore plus peur que la Grèce
La crise espagnole nous rappelle que les banques sont le noeud du problème. C’est ce qu’a souligné Wolfgang Münchau dans le Financial Times : les investisseurs sont en train de prendre conscience que la crise européenne était en fait une crise interbancaire.

Les banques françaises sont exposées à hauteur de 250 milliards de dollars au risque obligataire espagnol, 100 milliards au risque grec, 80 milliards au risque irlandais et 50 milliards au risque portugais. Soit au total près de 500 milliards de dollars, c’est-à-dire plus de 25% de notre PIB. Et nous ne sommes pas les seuls concernés. L’Allemagne est elle aussi fortement exposée au risque souverain européen (500 milliards de dollars, soit 20% de son PIB).

Au coeur du cyclone, les banques espagnoles se trouvent particulièrement isolées. Le 9 juin dernier, on apprenait qu’elles avaient de plus en plus de mal à se financer sur le marché interbancaire. Encore une fois, c’est mauvais signe. Qui mieux qu’une banque pour juger de la solidité et de la solvabilité d’une autre banque.

Les banques espagnoles sont donc obligées de faire appel à une autorité supérieure pour trouver de l’argent : la BCE, encore et toujours. Le mois dernier, les banques ibériques ont emprunté 85,6 milliards d’euros à la BCE. Un record qui représente le double de ce qu’elles empruntaient avant la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008.

Seule solution pour les gouvernements : essayer de rassurer les marchés sur la solidité de leurs banques. C’est ce qu’ils devraient faire en publiant en juillet les résultats d’une nouvelle de série de stress tests. Quand on connaît les manipulations et pressions qui ont accompagné la parution d’une première vague de stress test sur les banques américaines et la réticence de la BCE ou de l’Europe à donner de véritables informations sur l’état du système bancaire européen, on peut légitimement émettre quelques doutes sur la fiabilité des résultats qui seront publiés.

Pourtant c’est la seule solution : l’Europe doit à tout prix se débarrasser de ses banques zombies. Sinon, elle n’arrivera à empêcher une poursuite de la crise. Le sauvetage de l’Espagne en cas de défaillance est estimé à 800 milliards d’euros (soit 10 fois plus que l’aide apportée à la Grèce)… une somme que l’UE n’a pas et que les Allemands refuseront de créer.

Cécile Chevré (Money week)

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